Cette nuance explique les deux comportements qui déroutent le plus en entreprise : un changement DNS qui met des heures à être visible, et une panne qui touche certains utilisateurs mais pas d'autres, au même moment, dans le même bureau.
Ce qui se passe réellement en une fraction de seconde
Une résolution DNS n'est pas une question posée à un serveur, mais une enquête à plusieurs étages. Pour le nom www.exemple.fr :
- Le poste regarde d'abord sa propre mémoire. Si le nom a été résolu récemment, la réponse est déjà là et rien ne part sur le réseau.
- Sinon il interroge son résolveur, généralement le serveur DNS de l'entreprise ou celui du fournisseur d'accès, dont l'adresse lui a été donnée par le DHCP.
- Le résolveur, s'il ne sait pas, demande à un serveur racine qui gère
.fr. - Le serveur du domaine de premier niveau indique quels serveurs font autorité sur
exemple.fr. - Le serveur autoritaire répond enfin l'adresse IP. Lui seul détient la vérité ; tous les autres ne font que relayer et mémoriser.
Le résolveur conserve ensuite la réponse pendant une durée fixée par le propriétaire du domaine. C'est ce qui rend le système supportable à l'échelle d'Internet, et c'est aussi la source de la plupart des surprises.
Le TTL, la donnée que tout le monde oublie
Chaque enregistrement DNS porte une durée de vie, le TTL (time to live), exprimée en secondes. Un TTL de 3 600 signifie qu'un résolveur qui a obtenu la réponse a le droit de la réutiliser pendant une heure sans redemander, même si vous l'avez modifiée entre-temps.
Conséquence pratique, et elle est systématique : un changement DNS n'est jamais instantané pour tout le monde. Pendant la durée du TTL, une partie des visiteurs est envoyée vers l'ancienne adresse et une autre vers la nouvelle, sans qu'aucune des deux ne soit en tort.
La règle de métier qui en découle est simple : avant une migration de serveur ou de messagerie, on abaisse le TTL à quelques minutes, et on attend au moins l'ancienne durée de TTL avant de basculer. On le remonte une fois la bascule stabilisée. Sauter cette étape est la cause la plus fréquente des migrations qui « marchent chez certains seulement ».