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Explicatif · Conformité

Les licences logicielles en entreprise

Les types de licences, ce qu'est un écart de licences, et comment se déroule un audit éditeur. La non-conformité la plus fréquente n'est pas une fraude : c'est une entreprise qui ne sait pas ce qu'elle possède, et qui le découvre par courrier.

Par , fondateur d'Infranat Publié le

Le principe

Acheter un logiciel ne vous en rend pas propriétaire : vous achetez un droit d'usage, délimité par un contrat de licence. Ce contrat précise combien de personnes ou de machines peuvent l'utiliser, dans quelles conditions, et ce qui est interdit.

L'écart de licences est la différence entre ce que vous utilisez réellement et ce que vous avez le droit d'utiliser. C'est la notion centrale de ce sujet, parce que c'est elle qui se chiffre et se facture.

Il faut distinguer deux situations très différentes, que l'on confond souvent.

La première est l'usage délibérément illicite : logiciel installé avec un contournement de protection, clé obtenue illégalement. Nous la traitons à part dans notre page sur les logiciels sans licence ou craqués.

La seconde, de très loin la plus fréquente, est la non-conformité de bonne foi. Personne n'a voulu frauder. Un logiciel a été installé sur un deuxième poste « en attendant », un salarié est parti sans que sa licence soit réaffectée, une machine virtuelle a été dupliquée pour un test, un serveur a reçu des utilisateurs supplémentaires sans que les licences d'accès suivent. Aucun de ces actes n'est malveillant, et leur accumulation produit un écart qui se chiffre parfois en dizaines de milliers d'euros.

Les modes de licence, et leurs contraintes

Mode Ce que vous achetez La contrainte à connaître
OEM Une licence vendue avec un matériel neuf, à prix réduit. Elle est liée à cette machine et ne peut pas la suivre. Réinstaller la licence du vieux poste sur son remplaçant est l'erreur la plus répandue, et elle est faite de bonne foi.
Licence perpétuelle en volume Un droit d'usage permanent, transférable entre machines selon les règles de l'éditeur. Ne comprend généralement pas les évolutions de version, qui se paient séparément.
Abonnement Un droit d'usage le temps de l'abonnement, avec les mises à jour incluses. L'arrêt du paiement arrête le droit d'usage. L'inventaire doit être tenu à jour, car on paie aussi pour les comptes inutilisés.
Licence d'accès client Le droit, pour un utilisateur ou un appareil, d'accéder à un serveur. Elle s'ajoute à la licence du serveur. C'est la source d'écart la plus courante et la plus mal comprise : le serveur est en règle, les accès ne le sont pas.
Licence par cœur ou par processeur Un droit d'usage proportionnel à la puissance de la machine. Changer de serveur pour un modèle plus puissant augmente le besoin de licences, sans qu'aucun utilisateur n'ait été ajouté.

Un point mérite d'être souligné parce qu'il surprend régulièrement : les règles de licence changent en environnement virtualisé. Selon l'éditeur, le droit s'évalue au niveau de l'hôte physique et non de la machine virtuelle, de sorte que déplacer une machine virtuelle d'un serveur à l'autre peut créer un besoin de licence supplémentaire. C'est à instruire avant la mise en place d'une infrastructure virtualisée, pas après.

L'audit éditeur, comment cela se passe

Beaucoup de contrats de licence comportent une clause d'audit : vous avez accepté, en signant, que l'éditeur puisse vérifier votre conformité. Ce n'est donc pas une procédure exceptionnelle mais un droit contractuel.

Le déroulement typique :

  • Un courrier annonce une revue de conformité et demande un inventaire déclaratif, parfois avec un outil de collecte à exécuter sur votre parc.
  • Un rapprochement est effectué entre ce qui est installé et ce que vos achats justifient. C'est là que la qualité de votre documentation d'achat devient déterminante.
  • Un écart est chiffré, généralement au tarif public en vigueur et non au tarif négocié dont vous bénéficiez habituellement. Des frais supplémentaires et une rétroactivité peuvent s'y ajouter selon les conditions contractuelles.
  • Une régularisation est proposée, souvent accompagnée d'une offre de migration vers un abonnement.

Ce qui coûte cher n'est pas l'écart, c'est l'absence de preuve

Dans les dossiers que nous avons accompagnés, le problème n'était presque jamais l'usage non autorisé : c'était l'incapacité à prouver un achat pourtant réalisé. Factures introuvables chez un revendeur disparu, clés notées sur un document perdu, achats effectués par une personne partie. Faute de preuve, une licence payée est traitée comme une licence absente. La conservation organisée des justificatifs est donc, très concrètement, une protection financière.

Un rappel utile sur le volet juridique : en droit français, le logiciel est protégé par le droit d'auteur, et son utilisation au-delà de ce que la licence autorise peut constituer une contrefaçon, avec les conséquences civiles et pénales attachées. Dans les faits, les éditeurs privilégient largement une régularisation commerciale, mais le fondement juridique existe et il explique le rapport de force.

Les sept pièges que nous rencontrons le plus

  • La licence OEM déplacée. Reprendre la clé d'un poste remplacé pour la poser sur le nouveau. Geste naturel, et non conforme.
  • Les licences d'accès client oubliées. Un serveur acheté en règle, puis des utilisateurs ajoutés année après année sans que les accès suivent.
  • Les clés achetées très bon marché en ligne. Des clés dont l'origine est douteuse, souvent issues de volumes destinés à d'autres usages ou à d'autres zones géographiques. Elles s'activent, parfois pendant des années, puis cessent de fonctionner ou apparaissent comme non valides lors d'un audit. Le prix anormalement bas est le signal.
  • Les abonnements de salariés partis. Double perte : vous payez pour des comptes inutilisés, et ces comptes restent des accès ouverts, ce qui rejoint ce que nous écrivons sur la gestion des identités.
  • Les machines virtuelles de test oubliées. Dupliquées pour un essai, laissées en service, et consommant des droits.
  • Les logiciels installés par les utilisateurs eux-mêmes. Outils gratuits pour un usage personnel mais payants en entreprise, dont la version professionnelle n'a jamais été achetée. C'est l'un des visages du Shadow IT.
  • Les licences « prêtées » entre postes. Un logiciel coûteux installé sur plusieurs machines parce que les utilisateurs ne s'en servent jamais en même temps. L'argument est compréhensible, et il ne correspond presque jamais aux termes de la licence.

Se mettre en règle, et y rester

La démarche est sans mystère, et son seul prérequis est de savoir ce qu'on a.

  • Inventorier l'installé automatiquement. Un outil de gestion de parc relève ce qui est réellement installé sur chaque machine, ce qu'aucune déclaration manuelle ne fait avec fiabilité. C'est l'une des raisons pour lesquelles nous mettons systématiquement en place une gestion de parc informatique.
  • Rassembler les justificatifs au même endroit, numérisés : factures, bons de commande, certificats, contrats, courriels de confirmation. Avec le nom de l'éditeur, la date, la quantité et la référence.
  • Rapprocher les deux et chiffrer l'écart, dans les deux sens. Nous trouvons régulièrement des entreprises qui paient plus que nécessaire, pour des abonnements dormants ou des licences en double.
  • Désinstaller ce qui ne sert pas, plutôt que d'acheter pour régulariser un usage dont personne n'a besoin.
  • Inscrire la licence dans les processus d'arrivée et de départ. C'est ce qui empêche l'écart de se reconstituer, et c'est la seule mesure durable.

Cet inventaire a un bénéfice au-delà de la conformité : il alimente directement le budget. Savoir ce que l'on possède et ce qui arrive à échéance est la base d'un budget informatique prévisible, et c'est aussi une pièce du dossier à produire pour une mise en conformité NIS2, qui demande de maîtriser ses actifs.

Questions fréquentes

Qu'est-ce qu'un écart de licences ?

C'est la différence entre ce que vous utilisez réellement et ce que vous avez le droit d'utiliser selon vos contrats. C'est la notion qui se chiffre lors d'un audit éditeur. La plupart des écarts ne résultent d'aucune fraude mais d'une accumulation d'actes de bonne foi : logiciel installé sur un second poste en attendant, licence non réaffectée après un départ, machine virtuelle dupliquée pour un test.

Peut-on transférer une licence OEM sur un nouvel ordinateur ?

Non. Une licence OEM est vendue avec un matériel neuf à prix réduit, et elle est liée à cette machine : elle ne peut pas la suivre. Reprendre la clé d'un poste remplacé pour la poser sur son successeur est l'erreur la plus répandue, et elle est commise de bonne foi par des entreprises qui pensent utiliser un bien qu'elles ont acheté.

Qu'est-ce qu'une licence d'accès client ?

C'est le droit, pour un utilisateur ou un appareil, d'accéder à un serveur. Elle s'ajoute à la licence du serveur lui-même. C'est la source d'écart la plus courante et la plus mal comprise : le serveur a bien été acheté, mais les utilisateurs ajoutés année après année n'ont jamais été accompagnés des accès correspondants.

Comment se déroule un audit éditeur ?

Un courrier annonce une revue de conformité et demande un inventaire, parfois avec un outil de collecte à exécuter sur le parc. Un rapprochement est fait entre l'installé et ce que les achats justifient. L'écart est chiffré, généralement au tarif public et non au tarif négocié habituel, avec d'éventuels frais et une rétroactivité. Une régularisation est proposée, souvent avec une offre de migration vers un abonnement.

L'éditeur a-t-il le droit de m'auditer ?

Oui dans la plupart des cas, car les contrats de licence comportent fréquemment une clause d'audit que vous avez acceptée en signant. Ce n'est donc pas une procédure exceptionnelle mais l'exercice d'un droit contractuel. Les modalités, les délais de préavis et le périmètre figurent dans vos conditions contractuelles, qu'il est utile de relire avant de répondre.

Que risque une entreprise non conforme ?

Financièrement, la régularisation au tarif public, parfois majorée de frais et appliquée rétroactivement. Juridiquement, le logiciel étant protégé par le droit d'auteur en France, un usage au-delà de ce que la licence autorise peut constituer une contrefaçon, avec les conséquences civiles et pénales attachées. En pratique les éditeurs privilégient largement une régularisation commerciale, mais ce fondement explique le rapport de force.

Les clés de licence vendues très bon marché en ligne sont-elles valables ?

Le prix anormalement bas est le signal d'alerte. Ces clés proviennent souvent de volumes destinés à d'autres usages ou à d'autres zones géographiques, et leur revente n'est pas conforme aux conditions de l'éditeur. Elles s'activent, parfois pendant des années, puis cessent de fonctionner ou ressortent comme non valides lors d'un audit. L'économie initiale devient alors une régularisation au tarif public.

Les règles changent-elles en environnement virtualisé ?

Oui, et cela surprend régulièrement. Selon l'éditeur, le droit d'usage s'évalue au niveau de l'hôte physique et non de la machine virtuelle, si bien que déplacer une machine virtuelle d'un serveur à l'autre peut créer un besoin de licence supplémentaire. C'est un point à instruire avant la mise en place d'une infrastructure virtualisée.

Comment prouver que j'ai acheté une licence ?

Par les justificatifs conservés : factures, bons de commande, certificats, contrats, courriels de confirmation, avec éditeur, date, quantité et référence. C'est le point faible le plus fréquent : dans les dossiers que nous accompagnons, le problème n'est presque jamais l'usage non autorisé mais l'incapacité à prouver un achat pourtant réalisé. Faute de preuve, une licence payée est traitée comme absente.

Peut-on payer trop de licences ?

Oui, et c'est fréquent. Abonnements de salariés partis, licences en double après une fusion d'outils, plans supérieurs souscrits pour une fonction que personne n'utilise. Un inventaire sérieux chiffre l'écart dans les deux sens, et il n'est pas rare que la régularisation se solde par une économie nette.

Sauriez-vous prouver l'achat de vos licences ?

C'est la question qui décide du résultat d'un audit, bien avant celle de votre conformité réelle. Inventaire automatique de l'installé et rapprochement avec vos justificatifs, inclus dans notre audit offert.

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