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Explicatif · Télécom

Le trunk SIP

Ce qu'il remplace, comment se calcule le nombre de canaux, et les prérequis réseau qui décident de la qualité. On ne dimensionne pas un trunk sur le nombre de postes mais sur le nombre d'appels simultanés, et l'écart entre les deux est considérable.

Par , fondateur d'Infranat Publié le

Définition

Un trunk SIP est un lien de téléphonie qui relie votre standard à votre opérateur par Internet ou par un accès dédié, au lieu d'une ligne physique. SIP est le protocole qui établit et termine les appels ; le trunk est le faisceau qui les transporte.

Il remplace les anciens liens numériques : le T0, qui offrait deux communications simultanées, et le T2, qui en offrait trente. Ces technologies, fondées sur le réseau RNIS, sont en fin de vie et ne sont plus commercialisées.

Ce changement n'est pas qu'un remplacement à l'identique. Il apporte deux libertés que les liens physiques n'avaient pas, et une contrainte nouvelle.

  • La capacité devient un paramètre. Passer de dix à vingt canaux relevait d'une intervention et d'un délai ; c'est désormais une modification de configuration.
  • L'emplacement cesse de compter. Le même trunk sert plusieurs sites et les collaborateurs en télétravail, avec les mêmes numéros et le même standard.
  • En contrepartie, la qualité dépend de votre réseau. Une ligne physique était indifférente à votre informatique. Un trunk SIP partage le sort de votre accès Internet et de votre réseau local, ce qui déplace la responsabilité de la qualité vers l'intérieur.

Trunk, canaux et numéros : trois notions distinctes

La confusion entre ces trois éléments est à l'origine de la plupart des devis mal compris.

Le trunk est le lien. Les canaux déterminent combien de conversations peuvent avoir lieu en même temps, et c'est ce qui se facture. Les numéros, ou sélections directes à l'arrivée, sont attribués aux personnes et aux services, et leur nombre est indépendant de celui des canaux.

Une entreprise de soixante personnes peut ainsi disposer de soixante numéros directs et de huit canaux : chacun est joignable sur son numéro, et huit conversations au maximum se tiennent simultanément. C'est parfaitement cohérent, et c'est ce que nous mettons en place le plus souvent.

Combien de canaux faut-il ?

C'est la seule question qui compte vraiment, et elle ne se résout pas en comptant les postes. Un trunk sous-dimensionné donne des appels entrants qui sonnent occupé aux heures de pointe, ce qui ne se voit nulle part : un appel refusé ne laisse aucune trace dans votre standard, et vous ne découvrez le problème que par un client contrarié.

La méthode

  • Mesurez plutôt que d'estimer, si vous avez un historique. Un standard existant sait dire combien d'appels simultanés ont été atteints au maximum, heure par heure. C'est la donnée la plus fiable et elle ne coûte qu'un relevé.
  • À défaut, partez de la nature de l'activité. Pour des bureaux où le téléphone est un outil parmi d'autres, un canal pour quatre à six personnes convient généralement. Pour un service客 à forte intensité d'appels, accueil, prise de commande, support, le rapport se rapproche de un canal par personne en ligne.
  • Comptez les pointes, pas la moyenne. Le dimensionnement doit absorber l'heure la plus chargée du mois, pas la journée type.
  • Ajoutez une marge. Deux canaux de plus coûtent peu et évitent l'occupation aux moments exacts où elle coûte le plus.

Deux cas particuliers méritent attention. Les campagnes d'appels sortants consomment des canaux en parallèle de l'activité normale et doivent être comptées en plus. Et les files d'attente occupent un canal pendant toute l'attente, pas seulement pendant la conversation : une file d'attente musicale généreuse consomme de la capacité.

La bande passante nécessaire

Un ordre de grandeur suffit à dimensionner : comptez environ 90 kbit/s par appel simultané dans chaque sens, avec le codec de qualité standard, en-têtes réseau compris. Huit canaux demandent donc moins d'un mégabit par seconde symétrique.

Ce chiffre est modeste, et c'est précisément ce qui trompe. Le problème de la voix n'est jamais le débit : c'est la régularité. Une ligne généreuse mais qui perd quelques paquets par intermittence, ou dont le délai varie, rend les appels inutilisables alors que la navigation reste parfaite et que les tests de débit affichent d'excellents résultats.

Les prérequis réseau, par ordre d'importance

  • La priorisation de la voix. Le trafic téléphonique doit passer avant le reste sur votre réseau local et sur votre accès. Sans cette priorisation, une sauvegarde ou un gros téléchargement dégrade les appels en cours. C'est le réglage qui a le plus d'effet et celui qui manque le plus souvent.
  • Un débit montant suffisant et stable. La voix emprunte le montant, qui est bridé sur la plupart des offres mutualisées, comme nous l'expliquons sur la page fibre FTTH ou FTTO.
  • Une adresse publique sans CGNAT. De nombreux opérateurs de voix filtrent par adresse source et exigent une adresse connue. Un accès derrière un CGNAT provoque des enregistrements qui tombent et des appels à sens unique, où l'un entend et l'autre pas.
  • Un VLAN dédié à la voix. Il permet la priorisation, isole le standard, et protège les téléphones, comme détaillé dans notre explicatif sur la segmentation réseau.
  • Les fonctions d'assistance SIP du routeur désactivées. Beaucoup de routeurs réécrivent les messages SIP pour « aider », avec pour effet des appels muets ou qui coupent au bout de trente secondes. C'est l'une des causes les plus fréquentes et les plus déroutantes, parce que la fonction est active par défaut.
  • Un onduleur sur le switch et le routeur. Une téléphonie IP s'arrête avec le réseau. Si votre standard est votre accueil, c'est un point de continuité d'activité, pas un détail technique.

La fraude téléphonique, le risque qu'on découvre sur la facture

C'est le sinistre le plus brutal de ce domaine, et presque personne n'en parle avant qu'il survienne.

Un standard exposé sur Internet avec un mot de passe faible est découvert par balayage automatique en quelques heures. L'attaquant s'en sert alors pour passer des milliers d'appels vers des numéros à tarification spéciale dont il perçoit une part. Les appels se déroulent la nuit, le week-end, ou pendant les congés. Les montants s'accumulent vite, et la facture est due : le trafic a réellement été écoulé.

Les six mesures que nous appliquons systématiquement

Interdire les destinations internationales non utilisées, par défaut et non après coup. Fixer un plafond de dépense et un plafond d'appels simultanés chez l'opérateur, qui coupe automatiquement au-delà. N'exposer le standard qu'aux adresses de l'opérateur, et non à Internet entier. Imposer des mots de passe longs et aléatoires sur chaque poste, jamais le numéro de poste comme mot de passe. Bloquer les tentatives d'enregistrement répétées. Et surveiller la consommation, avec une alerte sur un seuil anormal plutôt qu'une découverte mensuelle.

Le plafond de dépense est la mesure la plus efficace parce qu'elle borne le dommage quelle que soit la faille exploitée. C'est aussi celle que les opérateurs proposent sans la mettre en avant : il faut la demander explicitement.

La portabilité des numéros, et comment éviter la coupure

Vos numéros vous suivent. La portabilité est un droit, et la démarche se fait auprès du nouvel opérateur, qui se charge des échanges avec l'ancien. Vous n'avez pas à résilier avant : résilier d'abord est l'erreur à ne pas commettre, car un numéro résilié est perdu et ne peut plus être porté.

Trois points conditionnent le bon déroulement :

  • Le mandat doit être exact. Raison sociale, numéro d'identification de l'entreprise et titulaire de la ligne doivent correspondre exactement aux informations détenues par l'opérateur sortant. Un écart, par exemple après un changement de forme juridique, suffit à faire rejeter la demande et à perdre plusieurs semaines.
  • Les blocs de numéros se portent entièrement. On ne porte pas la moitié d'une tranche de numéros directs : l'ensemble bascule, ce qui impose de vérifier qu'aucun numéro de la tranche n'est utilisé par un service oublié, comme un ascenseur, une alarme ou un terminal de paiement.
  • La bascule a une date et une heure. Nous la planifions hors heures d'ouverture, avec le nouveau trunk déjà installé, testé et prêt, de sorte que la coupure réelle se compte en minutes.

Dernier conseil issu de l'expérience : avant toute migration, recensez les équipements qui téléphonent sans que personne y pense. Les alarmes, ascenseurs, télésurveillances, terminaux de paiement et télécopieurs utilisent parfois des lignes analogiques dont l'existence a été oubliée, et ce sont eux qui réapparaissent après la migration sous forme d'incident.

Questions fréquentes

Qu'est-ce qu'un trunk SIP ?

C'est un lien de téléphonie qui relie votre standard à votre opérateur par Internet ou par un accès dédié, au lieu d'une ligne physique. SIP est le protocole qui établit et termine les appels, le trunk est le faisceau qui les transporte. Il remplace les anciens liens numériques T0, qui offrait deux communications simultanées, et T2, qui en offrait trente.

Combien de canaux SIP faut-il pour mon entreprise ?

Le dimensionnement se fait sur le nombre d'appels simultanés, pas sur le nombre de postes. Si vous avez un standard existant, relevez le maximum d'appels simultanés atteint heure par heure : c'est la donnée la plus fiable. À défaut, comptez un canal pour quatre à six personnes dans des bureaux où le téléphone est un outil parmi d'autres, et jusqu'à un canal par personne pour un service à forte intensité d'appels.

Quelle différence entre un canal et un numéro ?

Les canaux déterminent combien de conversations peuvent avoir lieu en même temps, et c'est ce qui se facture. Les numéros directs sont attribués aux personnes et aux services, et leur nombre est indépendant. Une entreprise de soixante personnes peut avoir soixante numéros directs et huit canaux : chacun est joignable, huit conversations au maximum se tiennent simultanément.

Quelle bande passante pour la téléphonie IP ?

Environ 90 kbit/s par appel simultané dans chaque sens avec le codec de qualité standard, en-têtes compris. Huit canaux demandent donc moins d'un mégabit symétrique. Ce chiffre modeste est trompeur : le problème de la voix n'est jamais le débit mais la régularité. Une ligne généreuse qui perd quelques paquets par intermittence rend les appels inutilisables alors que la navigation reste parfaite.

Pourquoi mes appels sont-ils muets d'un côté ?

La cause la plus fréquente est la fonction d'assistance SIP du routeur, souvent active par défaut, qui réécrit les messages du protocole pour « aider » et produit des appels à sens unique ou qui coupent au bout de trente secondes. Vient ensuite la présence d'un CGNAT, qui empêche l'établissement correct des flux audio. Ces deux causes sont déroutantes parce que la signalisation fonctionne et que l'appel semble établi.

Peut-on garder ses numéros en changeant d'opérateur ?

Oui, la portabilité est un droit et la démarche se fait auprès du nouvel opérateur, qui se charge des échanges avec l'ancien. Ne résiliez jamais avant : un numéro résilié est perdu et ne peut plus être porté. Vérifiez que le mandat reprend exactement la raison sociale, le numéro d'identification et le titulaire détenus par l'opérateur sortant, car tout écart fait rejeter la demande.

Qu'est-ce que la fraude téléphonique sur un trunk SIP ?

Un standard exposé sur Internet avec un mot de passe faible est découvert par balayage automatique en quelques heures, puis utilisé pour passer des milliers d'appels vers des numéros à tarification spéciale dont l'attaquant perçoit une part. Les appels ont lieu la nuit ou le week-end et la facture est due, le trafic ayant réellement été écoulé. La protection la plus efficace est un plafond de dépense chez l'opérateur, qui borne le dommage quelle que soit la faille.

Un trunk SIP tombe-t-il en cas de coupure de courant ?

Oui, la téléphonie IP s'arrête avec le réseau. C'est pourquoi le switch, le routeur et le standard doivent être alimentés par un onduleur, faute de quoi une coupure de courant vous rend injoignable. Si votre standard est votre accueil, c'est un sujet de continuité d'activité. Un renvoi automatique vers un mobile, configuré chez l'opérateur, constitue le filet de sécurité complémentaire.

Que faut-il vérifier avant une migration vers le SIP ?

Recensez tous les équipements qui téléphonent sans que personne y pense : alarmes, ascenseurs, télésurveillance, terminaux de paiement, télécopieurs. Ils utilisent parfois des lignes analogiques oubliées et réapparaissent après la migration sous forme d'incident. Vérifiez aussi qu'aucun numéro de la tranche à porter n'est utilisé par l'un de ces services, car un bloc de numéros se porte entièrement.

Un plafond de dépense est-il posé sur votre trunk ?

C'est la seule mesure qui borne une fraude téléphonique quelle qu'en soit la cause, et les opérateurs la proposent sans la mettre en avant. Relevé de vos canaux, de vos protections et de votre priorisation voix, offert.

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