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Explicatif · Infrastructure

L'onduleur en entreprise

À quoi il sert vraiment, comment le dimensionner sans se tromper d'unité, et quelle autonomie attendre. Un onduleur dont la batterie est morte affiche exactement les mêmes voyants verts qu'un onduleur neuf, et cela ne se découvre qu'à la première coupure.

Par , fondateur d'Infranat Publié le

Définition

Un onduleur, souvent désigné par le sigle anglais UPS (Uninterruptible Power Supply) ou le sigle français ASI pour alimentation sans interruption, est un équipement qui maintient l'alimentation électrique en cas de coupure grâce à une batterie, et qui corrige les défauts de la tension du réseau.

Son rôle n'est pas de faire fonctionner votre informatique pendant la panne de courant. Il est de donner le temps de s'arrêter proprement, ou de passer le relais à un groupe électrogène. C'est une nuance qui change tout le dimensionnement.

Beaucoup d'achats partent d'une intention mal posée : « tenir une heure ». Or une heure d'autonomie pour un serveur coûte très cher en batteries, et ne sert à rien si personne n'est là pour décider quoi faire pendant cette heure. L'objectif réaliste est de survivre aux micro-coupures, qui représentent la majorité des incidents électriques, et de permettre un arrêt ordonné pour les autres.

Les deux fonctions, et la seconde est sous-estimée

  • Prendre le relais à la coupure. C'est la fonction attendue, et la plus visible.
  • Lisser la qualité de l'électricité en permanence. Creux de tension, surtensions, micro-coupures de quelques dizaines de millisecondes. Ces événements sont fréquents, passent inaperçus, et usent les alimentations des équipements. C'est un facteur de panne matérielle progressive dont la cause n'est presque jamais identifiée.

Pourquoi une coupure brutale abîme plus que du temps perdu

Un arrêt par coupure de courant n'est pas un redémarrage. Les écritures en cours sont interrompues au milieu, les caches en mémoire disparaissent avant d'avoir été écrits sur disque. Les conséquences possibles vont bien au-delà de la perte des documents ouverts : corruption d'une base de données, système de fichiers endommagé, et sur un volume redondant, incohérence qui déclenche une reconstruction complète au redémarrage, avec les risques que nous détaillons dans notre page sur le RAID.

Les trois technologies d'onduleur

Le prix varie d'un facteur important entre les trois, et le bon choix dépend de ce qui est branché derrière.

Technologie Principe Pour quoi Limite
Veille (offline) Laisse passer le courant du réseau et bascule sur batterie à la coupure, avec un bref temps de transfert. Un poste de travail, une caisse, une petite installation. Ne corrige quasiment pas les variations de tension. À réserver au non critique.
Interactif (line-interactive) Régule la tension en continu par un transformateur à prises, et bascule sur batterie si nécessaire. Le choix standard en PME : petit serveur, NAS, baie réseau, téléphonie. Conserve un temps de transfert très court, sans conséquence pour du matériel informatique courant.
Double conversion (online) Reconstruit en permanence une tension propre à partir du continu. La charge n'est jamais alimentée directement par le réseau. Baie de serveurs, équipement sensible, site avec une électricité de mauvaise qualité. Plus cher, moins bon rendement, ventilation souvent bruyante. À placer dans un local technique.

Un point mérite attention au moment du choix : la forme du signal en mode batterie. Les modèles d'entrée de gamme produisent une onde approximée, que certaines alimentations récentes à correction de facteur de puissance supportent mal. Pour un serveur, une onde sinusoïdale pure n'est pas un argument commercial mais une précaution.

Le dimensionnement, et le piège des deux unités

C'est l'erreur la plus répandue, et elle est entretenue par les fiches produit. Un onduleur est annoncé en VA (volt-ampères) et en W (watts), et ces deux chiffres ne sont pas interchangeables.

Les watts mesurent la puissance réellement consommée. Les VA mesurent la puissance apparente. Le rapport entre les deux est le facteur de puissance de l'onduleur, généralement compris entre 0,6 sur les modèles bas de gamme et 1 sur les modèles professionnels.

La conséquence pratique

Un onduleur annoncé « 1 500 VA » peut ne délivrer que 900 W. Si votre matériel consomme 1 100 W, cet onduleur est insuffisant malgré un chiffre affiché qui semble confortable. C'est toujours la valeur en watts qui doit être comparée à votre consommation, jamais celle en VA.

La méthode en quatre étapes

  • Relevez la consommation réelle de ce que vous voulez protéger, avec un wattmètre, en fonctionnement normal. Les puissances inscrites sur les alimentations sont des maximums théoriques, très au-dessus du réel : une alimentation de 750 W peut consommer 180 W en charge habituelle. Dimensionner sur l'étiquette conduit à acheter deux à trois fois trop gros.
  • Additionnez, puis ajoutez une marge de 20 à 30 % pour les pointes au démarrage et pour l'évolution de l'installation.
  • Vérifiez la puissance en watts de l'onduleur, et visez une charge nominale autour de 50 à 70 % de sa capacité. Un onduleur chargé à 90 % chauffe, vieillit plus vite et offre une autonomie très réduite.
  • Décidez ensuite de l'autonomie, en gardant à l'esprit qu'elle ne sert qu'à permettre un arrêt propre, et que l'autonomie annoncée vaut pour une charge donnée.

Ce que signifie l'autonomie annoncée

L'autonomie n'est pas une caractéristique fixe, c'est une fonction de la charge, et la relation n'est pas proportionnelle. Un onduleur chargé à moitié tient nettement plus du double de temps qu'à pleine charge. Inversement, un onduleur chargé à 90 % peut ne tenir que quelques minutes alors que sa fiche annonce bien davantage.

En pratique, pour un petit serveur et une baie réseau en PME, viser dix à quinze minutes à la charge réelle est un objectif sain : cela absorbe l'immense majorité des coupures, qui durent quelques secondes, et laisse le temps d'un arrêt ordonné pour le reste.

L'onduleur sans arrêt automatique ne sert qu'à moitié

C'est la configuration que nous rencontrons le plus souvent : un onduleur correctement dimensionné, en bon état, relié à rien. À la coupure, il alimente le serveur pendant douze minutes, puis s'éteint. Le serveur subit exactement la coupure brutale qu'on voulait éviter, avec douze minutes de retard.

Pour que la protection soit réelle, trois éléments doivent être en place :

  • Une liaison de données entre l'onduleur et les machines, par câble USB ou série pour un équipement unique, par carte réseau pour desservir plusieurs machines.
  • Un agent d'arrêt installé sur chaque serveur et sur l'hyperviseur, configuré pour lancer l'arrêt sur un seuil, par exemple deux minutes d'autonomie restante. Sur une infrastructure virtualisée, l'ordre compte : machines virtuelles d'abord, hyperviseur ensuite, stockage en dernier.
  • Une remontée d'alerte vers la supervision, pour qu'une coupure, un passage sur batterie ou un défaut de batterie prévienne quelqu'un.

Un détail souvent oublié mérite d'être vérifié : le redémarrage après retour du courant. Si les équipements ne sont pas configurés pour se rallumer automatiquement, l'informatique reste à l'arrêt jusqu'à une intervention humaine, ce qui transforme une coupure de nuit en indisponibilité jusqu'au matin.

Les batteries, et le seul test qui dit la vérité

Les batteries au plomb étanche qui équipent la plupart des onduleurs ont une durée de vie de l'ordre de trois à cinq ans, et ce chiffre se dégrade vite avec la température : un onduleur dans un local chaud ou mal ventilé perd une part significative de cette durée. Les modèles au lithium, plus récents et plus chers, tiennent plus longtemps et supportent mieux la chaleur.

Le problème n'est pas le vieillissement, qui est normal et prévisible. C'est qu'il est invisible. Une batterie usée se charge normalement, affiche 100 %, et tous les voyants restent verts. Elle ne révèle son état qu'au moment où on lui demande de fournir, c'est-à-dire pendant la coupure.

Le test de décharge

La seule vérification qui ait une valeur consiste à couper réellement l'alimentation d'entrée et mesurer le temps réellement tenu, charge en place. Comparé à l'autonomie attendue, le résultat donne l'état de santé exact. Nous programmons ce test une fois par an, en fenêtre planifiée, avec sauvegarde vérifiée au préalable. C'est le seul moyen de découvrir une batterie morte un mardi matin choisi plutôt qu'un soir d'orage.

Deux précautions complètent la mise en service. D'abord, noter la date de mise en service des batteries sur l'appareil lui-même : sans cette information, personne ne sait plus leur âge trois ans plus tard. Ensuite, ne jamais brancher sur l'onduleur ce qui n'a rien à y faire. Un chauffage d'appoint ou une bouilloire branchés sur la prise libre d'un onduleur de baie, nous en avons vu, suffisent à mettre l'ensemble en défaut.

Les sept points à vérifier sur votre onduleur

Ce que nous contrôlons sur chaque installation lors d'un audit informatique.

  • L'âge des batteries, et la date de mise en service écrite quelque part.
  • Un test de décharge réalisé dans l'année, avec le temps réellement tenu consigné.
  • La charge réelle, qui doit rester entre 50 et 70 % de la capacité en watts, et non en VA.
  • L'arrêt automatique configuré sur les serveurs et l'hyperviseur, dans le bon ordre.
  • Le redémarrage automatique au retour du courant, testé et non supposé.
  • Les alertes remontées dans la supervision, pas seulement un bip dans un local vide.
  • Ce qui est réellement branché dessus : la baie réseau et le pare-feu en font partie, faute de quoi le serveur survit mais plus personne ne l'atteint.

Ce dernier point est le plus fréquemment manqué. Protéger le serveur en laissant le switch et le routeur sur une prise murale donne une informatique parfaitement vivante et totalement injoignable.

Questions fréquentes

À quoi sert un onduleur ?

Un onduleur maintient l'alimentation électrique en cas de coupure grâce à une batterie, et corrige en permanence les défauts de la tension du réseau. Son rôle n'est pas de faire fonctionner l'informatique pendant toute la panne, mais de donner le temps de s'arrêter proprement et d'absorber les micro-coupures, qui constituent la majorité des incidents électriques.

Quelle différence entre les VA et les watts d'un onduleur ?

Les watts mesurent la puissance réellement délivrable, les VA la puissance apparente. Le rapport entre les deux est le facteur de puissance, souvent compris entre 0,6 et 1. Un onduleur annoncé 1 500 VA peut ne fournir que 900 W : c'est toujours la valeur en watts qu'il faut comparer à votre consommation, jamais celle en VA, sous peine d'acheter un équipement insuffisant malgré un chiffre rassurant.

Comment dimensionner un onduleur ?

Relevez la consommation réelle au wattmètre plutôt que la puissance inscrite sur les alimentations, qui est un maximum théorique très au-dessus du réel. Additionnez, ajoutez 20 à 30 % de marge, puis choisissez un onduleur dont la puissance en watts laisse la charge entre 50 et 70 % de sa capacité. Dimensionner sur les étiquettes conduit à acheter deux à trois fois trop gros.

Quelle autonomie prévoir ?

Dix à quinze minutes à la charge réelle suffisent dans la plupart des PME. Cela absorbe l'immense majorité des coupures, qui durent quelques secondes, et laisse le temps d'un arrêt ordonné pour le reste. Viser une heure coûte très cher en batteries et n'a d'intérêt que si quelqu'un est présent pour décider quoi faire pendant cette heure, ou si un groupe électrogène doit prendre le relais.

Combien de temps durent les batteries d'un onduleur ?

Trois à cinq ans pour les batteries au plomb étanche, nettement moins dans un local chaud ou mal ventilé. Les batteries au lithium tiennent plus longtemps et supportent mieux la chaleur, pour un coût plus élevé. Le vieillissement est invisible : une batterie usée se charge normalement et affiche 100 % avec tous les voyants verts.

Comment savoir si la batterie de mon onduleur est encore bonne ?

Uniquement par un test de décharge : couper réellement l'alimentation d'entrée et mesurer le temps tenu avec la charge en place, puis comparer à l'autonomie attendue. Les voyants et le pourcentage affiché ne disent rien de l'état réel. Ce test se programme une fois par an, en fenêtre planifiée et avec une sauvegarde vérifiée au préalable.

Quel type d'onduleur choisir pour un serveur ?

Un modèle interactif suffit dans la plupart des PME pour un petit serveur, un NAS et la baie réseau. La double conversion se justifie pour une baie de serveurs, du matériel sensible ou un site dont l'électricité est de mauvaise qualité. Dans tous les cas, privilégiez une onde sinusoïdale pure en mode batterie : certaines alimentations récentes supportent mal l'onde approximée des modèles d'entrée de gamme.

Faut-il brancher le switch et le routeur sur l'onduleur ?

Oui, et c'est le point le plus souvent manqué. Protéger le serveur en laissant le switch, le routeur et le pare-feu sur une prise murale donne une informatique parfaitement vivante et totalement injoignable, y compris pour les postes en télétravail et pour la téléphonie IP.

Un onduleur protège-t-il de la foudre ?

Partiellement seulement. La plupart des onduleurs intègrent une protection contre les surtensions qui absorbe les transitoires courants, mais un impact direct ou proche dépasse largement leur capacité. Une protection sérieuse contre la foudre relève du parafoudre installé au tableau électrique, qui est un sujet d'électricien et non d'informaticien. L'onduleur n'y supplée pas.

Un onduleur suffit-il à protéger mes données ?

Non. Il réduit le risque de corruption lié à une coupure brutale, ce qui est utile, mais il ne protège ni d'une suppression, ni d'un rançongiciel, ni d'une panne de disque, ni d'un sinistre. Ces risques relèvent de la sauvegarde et de la redondance, qui sont des sujets distincts et complémentaires.

Quand votre onduleur a-t-il été testé pour la dernière fois ?

Si la réponse est « jamais », son autonomie réelle est inconnue, et elle le restera jusqu'à la prochaine coupure. Relevé de charge, âge des batteries et test de décharge planifié, inclus dans notre audit offert.

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