Un disque tombe, le voyant passe au rouge, le serveur continue de fonctionner. On remplace le disque et le système reconstruit les données manquantes. C'est le scénario attendu, et il se déroule souvent ainsi. Mais c'est aussi le moment où un RAID est le plus fragile, et c'est contre-intuitif.
Pourquoi RAID 5 a cessé d'être recommandé
Pendant la reconstruction d'un RAID 5, le contenu du disque disparu est recalculé à partir de tous les autres disques, intégralement lus. Deux conséquences se cumulent.
D'abord la durée. Avec des disques de plusieurs téraoctets, une reconstruction se compte en heures, souvent en dizaines d'heures, d'autant plus si le serveur continue de travailler pendant ce temps. Pendant toute cette fenêtre, le volume n'a plus aucune redondance : la panne d'un deuxième disque signifie la perte totale.
Ensuite la sollicitation. Les disques restants sont lus de bout en bout, sans répit, alors qu'ils ont le même âge, viennent souvent du même lot et ont subi la même charge que celui qui vient de mourir. C'est précisément le moment où un deuxième est le plus susceptible de céder. S'y ajoute le risque d'une erreur de lecture irrécupérable sur un secteur : sur un RAID 5 dégradé, un seul secteur illisible peut suffire à faire échouer la reconstruction.
La recommandation que nous appliquons
Au-delà de disques de 2 To, nous ne déployons plus de RAID 5. Nous utilisons RAID 6 pour le stockage de volume, qui survit à une seconde panne pendant la reconstruction, et RAID 10 pour tout ce qui demande des performances en écriture, dont la reconstruction consiste à recopier un seul disque plutôt qu'à relire l'ensemble.
Le disque de secours, et le piège du lot identique
Un spare, disque de secours déjà présent dans la machine, permet à la reconstruction de démarrer dans la minute au lieu d'attendre l'intervention humaine. Sur un RAID 5, ce gain de temps change réellement les probabilités.
En revanche, acheter tous les disques dans le même lot au même moment concentre les défaillances : des disques issus de la même série, mis en service le même jour et soumis à la même charge ont tendance à tomber dans la même période. Mélanger les lots, voire les références, est un détail qui ne coûte rien et qui écarte une corrélation.