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Explicatif · Conformité

Archivage et durées de conservation

Combien de temps garder quoi, sous quelle forme, et la distinction que presque tout le monde manque : archiver n'est pas sauvegarder. Les deux répondent à des questions opposées, et l'un ne tient jamais lieu de l'autre.

Par , fondateur d'Infranat Publié le

Notre périmètre

Nous sommes prestataire informatique. Les durées indiquées ici sont les repères les plus couramment retenus et sont données à titre indicatif : elles dépendent de la nature exacte du document, du régime applicable et de votre activité. Faites-les confirmer par votre expert-comptable et, pour les sujets contractuels ou sociaux, par un conseil juridique. Ce que nous traitons avec certitude, c'est le volet technique : comment conserver, sous quelle forme, et comment s'assurer que le document sera encore lisible et opposable dans dix ans.

La distinction fondamentale

Une sauvegarde répond à la question « comment revenir en arrière après un incident ». Elle est récente, elle tourne, elle écrase les anciennes versions, et elle est faite pour être utilisée vite.

Un archivage répond à la question « comment prouver dans huit ans ». Il est figé, il doit démontrer qu'il n'a pas été modifié, et il doit rester lisible longtemps après que les logiciels qui l'ont produit auront disparu.

La confusion a une conséquence très concrète, et nous la rencontrons souvent : une entreprise pense ses obligations couvertes parce qu'elle a des sauvegardes. Or une sauvegarde avec une rétention de quatre semaines, qui est un réglage parfaitement sain, ne conserve rien à l'échelle de dix ans. Et elle ne prouve pas l'intégrité : un fichier restauré depuis une sauvegarde est une copie, dont rien n'atteste qu'elle n'a pas été altérée entre-temps.

Critère Sauvegarde Archivage
Finalité Reprise après incident Preuve et conformité
Horizon Jours à quelques mois Plusieurs années, jusqu'à dix et plus
Contenu Tout, en l'état Une sélection de documents identifiés
Modification Écrasée par la suivante Figée, et l'intégrité doit être démontrable
Critère de qualité Vitesse de restauration Lisibilité et opposabilité dans le temps

Les deux sont donc nécessaires et ne se substituent pas. Notre guide de la sauvegarde traite la première colonne, cette page traite la seconde.

Les durées les plus couramment retenues

Repères indicatifs, à confirmer selon votre situation. Quand deux régimes se superposent, c'est la durée la plus longue qui commande.

Document Durée couramment retenue Point d'attention
Pièces et livres comptables 10 ans C'est la durée longue qui structure tout le reste. Elle dépasse la durée de conservation fiscale, généralement plus courte.
Factures clients et fournisseurs 10 ans au titre comptable Avec la facturation électronique, c'est la forme structurée qu'il faut conserver, pas une impression.
Contrats commerciaux 5 ans après la fin Durée plus longue pour certains contrats, notamment ceux conclus par voie électronique au-delà d'un certain montant.
Bulletins de paie 5 ans pour l'employeur Le salarié, lui, a intérêt à les garder jusqu'à la liquidation de sa retraite : la copie numérique que vous lui remettez a donc une valeur durable.
Registre du personnel 5 ans après le départ du salarié Le point de départ est le départ, pas l'exercice comptable.
Documents fiscaux 6 ans Durée distincte de la durée comptable, d'où l'intérêt de retenir la plus longue.
Statuts et actes de société 5 ans après la radiation Souvent oubliés parce qu'ils ne bougent jamais.

La règle pratique que nous conseillons : retenez 10 ans comme durée de référence pour tout ce qui touche à la comptabilité et à la facturation, et traitez à part les documents sociaux et les contrats, dont le point de départ n'est pas l'exercice.

L'obligation inverse, que presque personne n'applique

Le réflexe naturel est de tout garder, par prudence. Le RGPD interdit précisément cela pour les données personnelles : vous devez définir une durée de conservation et supprimer au-delà. Conserver indéfiniment n'est pas une précaution, c'est un manquement.

Cette obligation se heurte à une pratique universelle, et les cas que nous rencontrons sont toujours les mêmes :

  • Les candidatures spontanées conservées depuis des années, parfois dans une boîte partagée que plusieurs personnes consultent.
  • Les fichiers de prospection jamais purgés, alimentés par des imports successifs, avec des contacts qui ont changé d'entreprise deux fois.
  • Les boîtes de messagerie d'anciens salariés conservées « au cas où », qui contiennent des données personnelles de clients et de collègues sans aucune durée définie.
  • Les journaux de vidéosurveillance conservés bien au-delà de ce qui est justifié, souvent parce que le disque est grand et que personne n'a réglé la rotation.

La réponse n'est pas de supprimer dans l'urgence mais de poser une politique de durées, document simple qui liste par catégorie ce qu'on conserve, combien de temps, et ce qui déclenche la suppression. C'est une pièce attendue dans le cadre du RGPD, et nous la replaçons dans notre checklist RGPD. Son intérêt dépasse la conformité : une donnée supprimée ne peut pas fuir.

Articuler les deux obligations

Il n'y a pas de contradiction. Une facture doit être conservée dix ans parce que la loi l'exige : c'est une base légale, qui prime sur la minimisation. Un fichier de prospection, lui, n'a aucune obligation de conservation et doit donc être purgé. La question à se poser document par document est : qu'est-ce qui m'oblige à le garder ? S'il n'y a pas de réponse, la durée doit être courte.

Conserver pour dix ans, techniquement

C'est notre domaine, et quatre exigences résument ce qui compte.

  • L'intégrité doit être démontrable. Un document archivé doit pouvoir être présenté avec l'assurance qu'il n'a pas été modifié depuis son dépôt. Les dispositifs d'archivage le font par une empreinte calculée au dépôt, un horodatage, et un stockage non modifiable. Un dossier sur un serveur de fichiers, où n'importe qui peut écraser un fichier, ne le permet pas.
  • Le format doit survivre aux logiciels. Dix ans en informatique, c'est long. Privilégiez des formats ouverts et largement répandus, et méfiez-vous des formats propriétaires d'un logiciel métier : le jour où l'éditeur disparaît ou refond son produit, vos archives deviennent des fichiers que plus rien ne sait ouvrir. Un export dans un format neutre, fait au moment de l'archivage, règle le problème une fois pour toutes.
  • Le support doit être recopié. Aucun support ne tient dix ans sans surveillance. L'archivage suppose une migration périodique vers un nouveau support, ce qui en fait un processus et non un dépôt. C'est l'une des raisons pour lesquelles un archivage externalisé est souvent plus sûr qu'un disque dans un coffre.
  • La restitution doit être testée. Comme pour une sauvegarde : un archivage dont on n'a jamais extrait un document est une hypothèse. Nous recommandons un test annuel, qui consiste à demander un document précis et à mesurer le temps pour l'obtenir.

Dernier point souvent manqué : la réversibilité. Si vos archives vivent chez un prestataire, vérifiez avant de signer comment vous les récupérez, dans quel format et dans quel délai. Une archive que vous ne pouvez pas extraire sans l'accord de son hébergeur n'est pas vraiment la vôtre.

Questions fréquentes

Quelle différence entre archivage et sauvegarde ?

Une sauvegarde répond à « comment revenir en arrière après un incident » : elle est récente, tourne, écrase les anciennes versions, et sert à aller vite. Un archivage répond à « comment prouver dans huit ans » : il est figé, doit démontrer qu'il n'a pas été modifié et rester lisible longtemps après la disparition des logiciels qui l'ont produit. Les deux sont nécessaires et ne se substituent pas.

Mes sauvegardes couvrent-elles mes obligations de conservation ?

Non. Une sauvegarde avec une rétention de quatre semaines, qui est un réglage sain, ne conserve rien à l'échelle de dix ans. Et elle ne prouve pas l'intégrité : un fichier restauré est une copie dont rien n'atteste qu'elle n'a pas été altérée. Penser ses obligations couvertes par les sauvegardes est une confusion fréquente et coûteuse.

Combien de temps conserver les factures ?

Dix ans est la durée couramment retenue au titre comptable, et c'est elle qui structure le reste puisqu'elle dépasse la durée fiscale. Avec la facturation électronique, c'est la forme structurée de la facture qu'il faut conserver et non une impression. Faites confirmer la durée applicable à votre situation par votre expert-comptable.

Combien de temps conserver les bulletins de paie ?

Cinq ans est la durée couramment retenue pour l'employeur. À noter que le salarié, lui, a intérêt à les conserver jusqu'à la liquidation de sa retraite : la copie numérique que vous lui remettez a donc une valeur durable, ce qui plaide pour un format lisible et pérenne plutôt que l'accès à un portail qui fermera un jour.

Le RGPD oblige-t-il à supprimer des documents ?

Oui, pour les données personnelles : vous devez définir une durée de conservation et supprimer au-delà. Conserver indéfiniment n'est pas une précaution mais un manquement. Les cas les plus fréquents sont les candidatures spontanées anciennes, les fichiers de prospection jamais purgés, les boîtes d'anciens salariés gardées « au cas où » et les enregistrements de vidéosurveillance dont la rotation n'a jamais été réglée.

Comment concilier conservation légale et minimisation RGPD ?

Il n'y a pas de contradiction. Une facture se conserve dix ans parce que la loi l'exige : c'est une base légale qui prime sur la minimisation. Un fichier de prospection n'a aucune obligation de conservation et doit être purgé. La question à se poser document par document est : qu'est-ce qui m'oblige à le garder ? Sans réponse, la durée doit être courte.

Un PDF sur un serveur de fichiers suffit-il comme archive ?

Non, pas si la valeur probante compte. Un dossier sur un serveur où n'importe qui peut écraser un fichier ne permet pas de démontrer l'intégrité. Un archivage digne de ce nom calcule une empreinte au dépôt, horodate, et stocke de façon non modifiable, de sorte que le document puisse être présenté avec l'assurance qu'il n'a pas changé.

Quel format choisir pour archiver ?

Des formats ouverts et largement répandus, et surtout pas le format propriétaire d'un logiciel métier. Dix ans en informatique c'est long : le jour où l'éditeur disparaît ou refond son produit, les archives deviennent des fichiers que plus rien ne sait ouvrir. Un export dans un format neutre réalisé au moment de l'archivage règle le problème une fois pour toutes.

Un disque dans un coffre suffit-il ?

Rarement, car aucun support ne tient dix ans sans surveillance. L'archivage suppose une migration périodique vers un nouveau support, ce qui en fait un processus et non un dépôt. C'est l'une des raisons pour lesquelles un archivage externalisé, où la recopie est assurée par le prestataire, est souvent plus sûr qu'un support confié à l'oubli d'une armoire.

Que vérifier avant de confier ses archives à un prestataire ?

La réversibilité, avant de signer : comment vous récupérez vos archives, dans quel format et dans quel délai. Une archive que vous ne pouvez pas extraire sans l'accord de son hébergeur n'est pas vraiment la vôtre. Vérifiez aussi la démonstration d'intégrité, la migration des supports et la possibilité de tester une restitution.

Sauriez-vous produire une facture de 2019 cette semaine ?

C'est le test qui révèle si vous avez un archivage ou seulement des sauvegardes. Revue de vos durées de conservation, de vos formats et d'un test de restitution, incluse dans notre audit offert.

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